Toujours pas de débat sur le nucléaire au Parlement!

 

Ce mardi 3 décembre, l’Assemblée Nationale a voté la Loi de programmation militaire (LPM) et ses 190 milliards d’euros*. Lors de la discussion générale, sur un peu plus de 6 heures de débat, seuls quelques brefs échanges ont concerné la politique de dissuasion de la France….

Il a fallu du courage, ou peut-être une certaine inconscience, à ces quelques parlementaires qui ont ainsi osé interpeller la pensée dominante, structurée autour d’un catéchisme nucléaire présentant la dissuasion comme un dogme.

Toute interrogation sur le rôle et la place de l’arme nucléaire dans la défense de la France est en effet considérée comme inutile, voire insupportable, puisque, par définition, un dogme est « le principe incontournable d’une doctrine ». Encore faudrait-il que cette doctrine, qui a beaucoup évolué dans le temps et qui est toujours aussi confuse, puisse faire l’objet d’un débat sérieux, ce qui n’est toujours pas le cas.

 Sur la scène médiatique, un léger frémissement semble se produire (écouter le débat entre Paul Quilès et l’Amiral Alain Coldefy sur RFI….ICI ), mais on continue à entendre les mêmes affirmations péremptoires, qui veulent tenir lieu d’arguments. Prenons 3 exemples. 

1/ Ils prétendent que « le débat sur la dissuasion nucléaire existe ».

Rappelons simplement que la Loi de programmation militaire est construite à partir d’un document stratégique, le Livre Blanc…..et que le Président de la République a exclu toute réflexion sur ce thème dans la préparation de ce document. Normal, puisqu’il s’agit d’un dogme irréfutable et incontestable !

D’ailleurs, la remise en cause du dogme donne lieu immédiatement lieu, comme l’a indiqué un député (Gwenegan Bui) « à l’invective pour décrédibiliser ses interlocuteurs ».

Notons que la France est la seule puissance nucléaire au monde où l’on traite de « contestataires » des personnes ayant occupé de hautes fonctions politiques et militaires qui appellent à un changement de politique de défense. 

2/ Ils prétendent que « La crédibilité de la dissuasion repose sur plusieurs composantes ».

Dans les années 1980, au cœur de la Guerre Froide, on disait que la crédibilité de la force de frappe reposait sur trois composantes nucléaires : sous-marine, aérienne et terrestre. Au milieu des années 1990, la composante terrestre, comprenant des missiles stratégiques (S3D) et de courte portée (Pluton, Hadès) fut démantelée.

Aujourd’hui, la doxa nucléaire affirme que les deux composantes restantes sont complémentaires et ne peuvent être dissociées.

Ce n’est pas ce que pensent les Britanniques, qui n’ont plus qu’une composante depuis 1997 ! Remarquons aussi qu’il faudra « adapter » le discours dans 2 ans, lorsque le porte-avions Charles de Gaulle (septembre 2016- février 2018) sera indisponible pour « arrêt technique majeur », puisque pendant ces 18 mois, la composante aérienne sera amputée d’un escadron, celui qui est embarqué sur le porte- avions……

C’est pour cela que les parlementaires, même s’ils ne remettent pas en cause la dissuasion nucléaire, sont de plus en plus nombreux à souhaiter la suppression de la force aérienne stratégique. 

3/ Ils prétendent que « Sans la dissuasion nucléaire, notre pays serait stratégiquement déclassé et ne mériterait plus son siège au Conseil de Sécurité de l’ONU ».

Il est temps de  se remémorer définitivement l’ordre de marche de l’histoire. L’ONU a été créée le 26 juin 1945 et la première session du Conseil de sécurité (dont les 5 membres permanents étaient les 5 vainqueurs de la seconde guerre mondiale –USA, URSS, Chine, Grande Bretagne, France-) s’est tenue le 17 janvier 1946. Ce n’est que 18 ans plus tard, en 1964, que les Forces aériennes stratégiques françaises ont pris la première posture d’alerte nucléaire, faisant ainsi de la France la troisième puissance nucléaire. Il n’y a donc aucun lien entre ses deux faits.

Pour confirmer cette absence totale de lien entre possession de la bombe et place au Conseil de Sécurité, il suffit de constater que le Président Hollande a indiqué son souhait de voir le Japon (non détenteur d’armement nucléaire !) devenir membre permanent du Conseil de sécurité. Avant lui, le Président Sarkozy avait exprimé le même vœu pour un pays d’Amérique latine.

Par ailleurs, il est profondément réducteur de ramener l’influence de notre pays à sa seule capacité à réaliser des frappes destructrices. Que dire alors de pays comme l’Allemagne, le Japon ou le Brésil ! La notion de puissance d’un pays est beaucoup plus subtile et l’influence de la France compte bien plus à travers son économie, sa culture, son rayonnement culturel et scientifique, sa langue et le poids de son histoire et de ses valeurs.

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*  dont 23 milliards attribués à la dissuasion nucléaire ; ces crédits représentent près de 50 % de ceux destinés à l’équipement conventionnel.

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