Initiatives pour le Désarmement Nucléaire (IDN)

Lettre ouverte au Premier Ministre

Lettre ouverte de Paul Quilès

au Premier ministre

à propos des

« pays qui ne veulent pas sortir de l’Histoire et qui veulent faire entendre leur voix » 

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     Monsieur le Premier Ministre, 

     Le 23 octobre 2014,  en inaugurant le Laser Mégajoule – système phare du programme de Simulation des essais nucléaires – vous avez déclaré : « Pendant toute la Guerre froide, la France a fourni un effort considérable pour ne pas être distancée par les deux grandes puissances de l’époque. Mais désormais, elle fait la course en tête pour les technologies de dissuasion. [….] Les pays qui font le choix du nucléaire militaire et civil sont les pays qui veulent ne pas sortir de l’Histoire, qui veulent en permanence peser ». 

     Permettez-moi de vous faire part de mon étonnement devant ces propos. Ils contredisent la ligne diplomatique de la France, qui a toujours revendiqué sa non-participation à la course aux armements, notamment pendant la Guerre froide. 

     – Le 5 mai 1994, M. François Mitterrand, Président de la République, déclare: « Ne pas s’engager dans la course au surarmement, c’était très important de dire cela au moment où c’était la volonté politique des deux plus grandes puissances » 

    – Le 21 mars 2008, M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, déclare: « La France n’a jamais participé à la course aux armements ». 

     – Le 30 avril 2008, M. Dobelle, Ambassadeur, Représentant permanent de la France à la Conférence du Désarmement, déclare: « La France n’a jamais participé à la course aux armements et elle applique le principe de stricte suffisance ». 

      – Le 24 février 2011, M. Chevènement, sénateur, déclare dans le rapport d’information n° 332 « Désarmement, non-prolifération nucléaires et sécurité de la France » : « La France n’a jamais participé à la course aux armements ». 

      – En mai 2014, le rapport de la France, dans le cadre des actions 5, 20, et 21 du Document final de la conférence d’Examen du TNP, affirme: « Il [le TNP] ne peut progresser qu’en l’absence de nouvelle course aux armements ». 

   – Le 20 octobre 2014, M Simon-Michel Ambassadeur, Représentant permanent de la France à la Conférence du Désarmement, déclare: « La France n’a jamais participé à une quelconque course aux armements nucléaires.» 

     Ces propos risquent également d’être utilisés dans les tribunes de désarmement de l’ONU contre la France, qui, je le rappelle, est tenue par des engagements, notamment: 

     – la Résolution N° 1887 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui l’engage à «s’acquitter pleinement de ces obligations et honorer ses engagements au titre du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires » et « à s’engager, en vertu de l’article VI du traité, à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces de réduction des armes nucléaires et de désarmement nucléaire» ; 

     – le Document final du TNP (2010), Mesure 5.C, qui l’engage à « réduire encore le rôle et l’importance des armes nucléaires dans tous les concepts, doctrines et politiques militaires et de sécurité ». 

     Il serait regrettable que la crédibilité du discours français sur le désarmement et la non-prolifération nucléaires soit mise en cause par vos propos, d’autant plus que vous avez conclu votre discours par cette phrase: « Et si sa voix est écoutée dans le monde, si ses armées contribuent à la stabilité et à la paix dans le monde, au Sahel, en Centrafrique, au Liban, aujourd’hui en Irak, la France le doit aussi au nucléaire de défense. » 

    Même si cette affirmation semble particulièrement contestable, on est en droit de se demander comment il est alors crédible d’interdire à un pays qui ne veut pas sortir de l’Histoire et qui veut faire entendre sa voix de chercher à se doter de l’arme nucléaire ? 

     Il est urgent que soit délivré un message diplomatique fort, afin d’éviter de laisser penser que la France s’éloigne de ses engagements. Cela pourrait se faire à l’occasion de la Troisième conférence intergouvernementale sur « l’impact humanitaire des armes nucléaires » organisée par l’Autriche les 8 et 9 décembre prochains. Plus de 150 Etats sont attendus à cette conférence, qui semble le lieu idéal pour indiquer la position de la France.

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