Nucléaire : se réveiller avant qu’il ne soit trop tard !

William J. Perry

Résumé* du livre de William Perry,

Secrétaire à la Défense américain

de 1994 à 1997,

intitulé « My Journey at the Nuclear Brink »

(Mon voyage au bord du précipice nucléaire)

 

Dans ce nouveau livre, William Perry relate 70 ans d’expérience dans l’âge nucléaire. Il affirme que « le danger d’une catastrophe nucléaire est aujourd’hui supérieur à ce qu’il était pendant la Guerre froide et que la plupart des gens en sont parfaitement inconscients». Il appelle ainsi les dirigeants américains à renoncer à une pensée dépassée et à répondre des erreurs qu’ils ont commises, telles que l’élargissement de l’OTAN aux portes de la Russie ou l’abandon par Georges W. Bush du Traité sur les missiles antibalistiques (ABM).

William Perry a une expérience dans le domaine du nucléaire qui date de bien avant son entrée dans le gouvernement de Bill Clinton. Il a commencé par travailler à Electronic Defense Laboratories (EDL), où il proposa un système pour contrer les missiles intercontinentaux soviétiques. Il en a tiré l’idée qu’aucune mesure, y compris les missiles antibalistiques, ne pourrait empêcher les radiations ou l’effondrement de l’économie et donc de la société.

Pendant la « crise des missiles » de Cuba en 1962, Perry fait partie d’un groupe qui rend quotidiennement des comptes à Kennedy au sujet de l’état de l’arsenal soviétique sur l’île. Il est convaincu que la sortie de crise pacifique n’a été possible que grâce à la chance, compte tenu de la gravité de certains incidents (sous-marin soviétique, avion U2 dans l’espace aérien soviétique, ..)

Pourtant, les dirigeants des deux pays ennemis n’ont rien fait pour ralentir leur compétition nucléaire. Il rappelle que des membres de l’administration, des médias, ainsi qu’une part importante de l’opinion publique semblaient pousser au conflit, tout comme les laboratoires de défense, qui y voyaient une source importante de profit. Les Etats-Unis, en infériorité dans l’armement conventionnel, étaient alors pleinement entrés dans la logique d’escalade de la dissuasion nucléaire.

Après la fin de la Guerre froide, la situation a semblé s’améliorer avec la destruction de milliers d’armes. Mais dès 1996, Richard Holbrooke, secrétaire adjoint au Département d’Etat, a proposé l’élargissement de l’OTAN à la Pologne, la Hongrie, la République Tchèque et les Balkans, ce que désapprouvait Perry. Aujourd’hui, les tensions avec la Russie vont en s’aggravant. Dans son livre, Perry relate également un scénario où des terroristes parviendraient à reconstituer une arme nucléaire qui tuerait 80.000 personnes à Washington et paralyserait les Etats-Unis, tout en alertant sur le risque d’un conflit nucléaire entre l’Inde et le Pakistan.

Cet ancien Secrétaire à la Défense, avec une expérience, une sagesse et une intégrité inégalées, n’est pourtant que peu écouté. Le public préfère rester dans le déni, en partie parce que la menace semble lointaine, aussi bien temporellement, géographiquement que psychologiquement. La passivité règne et, par exemple, le problème n’est pas du tout abordé dans la campagne présidentielle américaine, alors que la menace est plus que jamais réelle.

Perry, qui n’est heureusement pas somnambule, nous invite, en conclusion de son livre, à nous réveiller avant qu’il ne soit trop tard !

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* A partir d’un article de Jerry Brown dans The New York Review of Books, intitulé « A stark nuclear warning »

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