Traité de non-prolifération nucléaire : la France oublie ses obligations…

Vienna-International-Centre-720x406Les Etats parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) se sont réunis du 2 au 12 mai, à Vienne, à l’occasion de la première session du TNP. Après une première semaine de débat, cette session reflète parfaitement l’immobilisme des puissances nucléaires et la volonté des autres – soit l’écrasante majorité du monde – d’avancer vers un monde sans armes nucléaires !

Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires constitue la pierre angulaire du système mondial de non-prolifération et compte 191 Etats membres. Depuis son entrée en vigueur en 1970, une conférence de révision se tient tous les cinq ans (la prochaine aura lieu à New York en 2020), entrecoupée de trois sessions préparatoires (comme celle qui se déroule actuellement) pour examiner la bonne mise en œuvre de ce traité. En 2015, la dernière conférence de révision fut un échec, les Etats n’étant pas parvenu à se mettre d’accord sur de nouvelles actions à réaliser, notamment sur le désarmement nucléaire.

L’Ambassadrice Alice Guitton, chef de la délégation française, est intervenue pour réaffirmer l’engagement actif de la France au TNP et son attachement à ce qui constitue un instrument « indispensable au maintien de la paix et de la sécurité internationales ». En matière de désarmement, A. Guitton insista sur une approche réaliste, pragmatique et progressive du désarmement tout en rappelant les propos du Président de la République (discours d’Istres, 19 février 2015) « si les niveaux des autres arsenaux, notamment russes et américains, devaient un jour descendre à quelques centaines, la France en tirerait des conséquences, comme elle l’a toujours fait ». Nous sommes donc toujours sur le même message « que les autres commencent » soit un appel à l’immobilisme ! De plus, ce message qui n’engage pas les Etats à réaliser des actions est également dangereux, car il sera la meilleure justification, par exemple pour Pékin qui dispose d’un arsenal de 260 armes nucléaires, comme motif de son absence d’avancée dans le désarmement nucléaire…

Critiquant fortement les négociations en cours du Traité d’interdiction des armes nucléaires (qui ont débuté en mars avec plus de 130 gouvernements) l’Ambassadrice considère celui-ci comme « irréaliste et n’ayant aucun impact sur le monde actuel ». Mieux, selon elle l’approche prohibitionniste risquerait de « diviser la communauté internationale du désarmement et de générer bien davantage de frustrations ». Ne serait-ce pas plutôt l’ensemble des « pays dotés de l’arme nucléaire » qui divisent la communauté internationale en poursuivant leur investissement dans la modernisation de leur force nucléaire ? En ne respectant pas leur engagement, comme le prévoit l’article VI du TNP, « de poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire » ? En critiquant et en refusant de participer à des négociations d’un traité d’interdiction des armes nucléaires ? En prétendant que les armes nucléaires sont un gage de stabilité et de sécurité?

Relevons aussi, dans la suite du discours de l’Ambassadrice, ce propos qui peut sembler très ironique sur la France qui partage « l’objectif, à terme, de l’élimination totale des armes nucléaires »…. quand, dans le même temps, il est annoncé – par des parlementaires, le ministère de la Défense, la Direction Générale de l’Armement – que les forces nucléaires vont être modernisées sur la période 2020/2030 avec un doublement du budget à 7 milliards d’euros. Des systèmes d’armes qui devront alors durer jusqu’en 2070/2080…

Cet état d’esprit ne laisse donc espérer aucune évolution de stratégie et d’approche de la France à l’égard de ce traité et de réelles actions de désarmement. C’est là une grave erreur, car ce choix ne peut à terme que fragiliser le TNP.

Malgré cette prise de position de la France, alors que démarre un nouveau quinquennat, nous encourageons le Président Macron à s’emparer de ce sujet. Notamment, il doit saisir l’opportunité historique de montrer la voie vers un désarmement négocié, vérifiable et universel, en se joignant au processus engagé à l’ONU de rédaction d’un traité d’interdiction des armes nucléaires. Il s’agit là d’un nouveau point de départ, qui non seulement renforcera les obligations et le respect du TNP, mais pourra également entraîner les pays nucléaires encore absents de cette négociation. La France pourrait ainsi saisir l’occasion de marcher en tête du mouvement vers l’objectif d’un monde libéré des armes nucléaires.

 

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