La dissuasion nucléaire échouera

Article de Ward Wilson

Les dangereuses menaces de Trump mettent en évidence la faille de la théorie de dissuasion, l’erreur humaine.

dissuasion nucléaire-idnCette semaine, le président Donald Trump s’est énervé. Avec ses bras croisés et son regard furtif, la tension était palpable derrière ses mots « La Corée du Nord a intérêt à ne plus menacer les États-Unis. Ils affronteront  le feu et la furie comme le monde n’en a jamais vu ». Ces menaces du Président mettent à l’évidence un grave danger.

Ce danger n’est pas particulier à la  crise actuelle et il n’y a rien que nous puissions faire sur ce terrain-là. Pour l’instant, le droit américain ne prévoit aucune mesure de vérification, aucun contrepouvoir ou contrôle sur la capacité du Président à déclencher une guerre nucléaire. Au contraire, ce que les mots du Président révèlent, c’est l’échec à long-terme de la politique de dissuasion.

Depuis des décennies la politique de sécurité des États-Unis repose sur une théorie. Cette théorie suppose un certain comportement de la part de nos dirigeants et nous, en tant que Nation, avons accepté de continuer à courir des risques en acceptant cette idée : la menace de destruction massive dissuade et empêche des attaques contre notre pays.

D’ailleurs, cette logique de dissuasion n’est pas mauvaise. Qui, après tout, serait assez fou pour déclencher une guerre nucléaire ? Jusqu’ici,  l’attitude de nos présidents nous confortait dans l’idée que les armes nucléaires étaient entre de bonnes mains, ici, aux États-Unis.

Mais, comme l’ancien secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, aime souvent le rappeler, il n’existe aucune « bonnes mains » pour tenir des armes nucléaires. Une seule erreur peut mener à une catastrophe mondiale. Malheureusement, nos outils de dissuasion sont fondamentalement imparfaits.

La politique de dissuasion ne repose pas sur le doux ronronnement d’un ordinateur dans un coin, elle implique une participation humaine à chaque étape. Comme le président Trump le démontre, les humains peuvent se fâcher, perdre leur sang-froid ou être submergé par l’émotion. On peut alors perdre sa raison et commencer à agir sans réfléchir et avec violence.

Pendant des années, les défenseurs de l’arme nucléaire argumentaient qu’on ne pouvait se débarrasser des armes nucléaires car « elles ne pouvaient être désinventées ». Si ceci est indéniablement vrai, c’est aussi absolument spécieux. Aucune technologie ne peut être « désinventée ». Qui a désinventé le PalmPilot ? Qui a désinventé la télévision en noir et blanc ? Qui a désinventé le Hiller VZ-1 – une plateforme conçue pour élever un soldat cinq à six mètres dans les airs ? Ces technologies n’ont pas été « désinventées ». Elles ont été abandonnées soit parce qu’une nouvelle, meilleure technologie a été découverte (comme c’est le cas pour le Palm Pilot ou la télévision en noir et blanc), ou alors parce que l’on s’est rendu compte que la technologie n’avait que très peu d’utilité (comme le Hiller VZ1 – pourquoi mettre un soldat dans une position extrêmement visible et vulnérable ?) Les armes nucléaires tombent dans la seconde catégorie. Elles ne sont bonnes à rien, sauf à annihiler une population civile en masse.

La conclusion logique est alors que nous pouvons évidemment nous débarrasser de l’arme nucléaire – c’est une technologie stupide. Supposez   que vous achetez un réchaud et que vous apprenez plus tard qu’il a une fâcheuse tendance à exploser et ne peut même pas faire bouillir de l’eau. Pourquoi garderiez-vous une technologie à la fois dangereuse et inutile ?

L’élimination des armes nucléaires était autrefois considérée comme complètement utopique. Mais cette vision a changée en 2008 lorsque quatre personnalités, anciens « faucons » (war hawks),  l’ancien secrétaire d’État George Schultz, l’ancien secrétaire de la Défense William Perry, l’ancien secrétaire d’État Henry Kissinger, ainsi que l’ancien sénateur Sam Nunn, se sont déclarés en faveur du désarmement nucléaire. Aujourd’hui, le débat a donc changé.

Les défenseurs de l’arme nucléaire mettent en avant  toute une série de pouvoirs attribués à  ces armes : elles nous protègeraient, elles renforceraient nos alliances, elles iraient même jusqu’à garantir l’ordre international et favoriseraient ainsi notre prospérité. Dans leur esprit, les armes nucléaires sont essentielles. Mais ces certitudes sont fondées sur des espoirs mal placés et des fausses idées, certainement pas sur la réalité.

On entend souvent dire que la preuve de la surpuissance de l’arme nucléaire est qu’elle n’a pas été utilisée depuis 70 ans. Cela suggère plutôt que les armes nucléaires sont de pauvres outils de guerre. Il est fort probable que la non-utilisation de l’arme nucléaire repose moins sur la peur de leur surpuissance que sur l’absence de situation où elles auraient été d’une quelconque utilité.

(….)

Nous devons abandonner cette vision archaïque mettant les armes nucléaires sur un piédestal, les imaginant comme les armes du pouvoir et de la stabilité mondiale. Il faut aujourd’hui faire face à la dure réalité : les armes nucléaires présentent des risques, elles sont dangereuses et leur seule utilité possible – la dissuasion – mènerait à une catastrophe.

La menace de Trump signifie la fin de l’illusion selon laquelle la dissuasion nucléaire garantit la sécurité et la paix. Si même une démocratie développée ne peut faire confiance à son dirigeant élu pour ne pas utiliser ces armes, il n’y a aucune justification raisonnable à les garder.

Une pensée sur “La dissuasion nucléaire échouera

  • 24 août 2017 à 9 h 53 min
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    Deux commentaires :
    1) Vous écrivez : « L’élimination des armes nucléaires était autrefois considérée comme complètement utopique. Mais cette vision a changée en 2008 lorsque quatre personnalités, anciens « faucons » (war hawks),  l’ancien secrétaire d’État George Schultz, l’ancien secrétaire de la Défense William Perry, l’ancien secrétaire d’État Henry Kissinger, ainsi que l’ancien sénateur Sam Nunn, se sont déclarés en faveur du désarmement nucléaire. Aujourd’hui, le débat a donc changé. » Vous pouvez ajouter à cette liste l’ancien ministre de la guerre des USA, Robert MacNamarra : voyez le superbe enregistrement de son interview « Brume de guerre » qui était, à sa sortie, un best-seller aux Etats-Unis. La version française sous-titrée a été éditée en DVD.
    2) Vous écrivez : « Comme le président Trump le démontre, les humains peuvent se fâcher, perdre leur sang-froid ou être submergé par l’émotion. On peut alors perdre sa raison et commencer à agir sans réfléchir et avec violence. »
    Il n’y a pas que Donald Trump… L’ancien commandant de Royal Navy, Robert Green, témoigne que « en 2006, on a appris que (pendant la guerre des Malouines) Thatcher avait téléphoné au président Mitterrand après que les premiers navires britanniques furent coulés, et menacé d’atomiser l’Argentine s’il ne lui révélait pas la fréquence secrète du système de guidage des Exocet, afin de le brouiller.
    Convaincu qu’elle ne plaisantait pas, c’est ce qu’il fit ; et peu après, nous commençâmes à neutraliser les Exocet.
    Cela fit naître en moi la vision cauchemardesque d’un dirigeant britannique désespéré, ayant pour option d’utiliser des armes nucléaires, et celle, ignominieuse, de nos sous-marins recevant l’ordre de commettre un tel crime de guerre. La possession de l’arme nucléaire par les Britanniques n’avait pas dissuadé le général-président argentin Galtieri d’envahir les Falkland. »

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