Une politique de défense inadaptée

Après la présentation de la loi de programmation militaire 2019-2025 et celle de la Revue stratégique quelques semaines plus tôt, le Général Bernard Norlain, qui fut notamment Directeur de l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale, fait un bilan des mesures annoncées et essaye de discerner au-delà de l’avalanche des chiffres, si ce document et cette loi dessinent une politique de défense qui soit cohérente et en phase avec les enjeux de sécurité auxquels doit faire face notre pays.

Force est de reconnaître que le compte n’y est pas.

Si l’on peut se réjouir de l’augmentation substantielle des crédits alloués au ministère des armées, qui devraient permettre, enfin, de mettre en adéquation les missions imparties aux forces armées par le pouvoir politique et les moyens que ce même pouvoir leur accorde.

Il n’en reste pas moins qu’un brouillard stratégique enveloppe l’ensemble de ce programme, brouillard qui ne permet pas de discerner des choix clairs et surtout les priorités indispensables à la cohérence de ce projet.

Seule, la dissuasion nucléaire est posée comme préalable et comme clef de voûte de notre système de défense. Le problème est que ce dogme n’a pas changé depuis soixante-dix ans et que, surtout, il occulte toute réflexion qui soit innovante et qui de plus accapare une grande partie des budgets.

Imposer, en effet, la dissuasion nucléaire comme le socle de notre politique de défense avant même que la revue stratégique ait commencé ses travaux revient à faire de cette revue une réflexion hasardeuse et superficielle sur  la situation stratégique actuelle et les réponses adaptées. Une véritable revue aurait nécessité la remise à plat de l’ensemble de nos objectifs de sécurité et leur classement en fonction de nos intérêts.

La loi de programmation ne devient plus dans ces conditions qu’un catalogue de mesures censées tantôt satisfaire les militaires et tantôt, peut-être avant tout, satisfaire les exigences des industriels.

La magie des chiffres fascine. Une LPM à 295 milliards, un pourcentage du PIB à 2%, sidèrent. Mais les chiffres n’ont aucune valeur s’ils ne sont pas déclinés en choix et en priorités. Sous le couvert d’une ambition légitime d’autonomie stratégique, on veut tout. Tout en sachant que cela ne sera pas possible. De là un certain nombre de tours de passe-passe. Pour n’en citer que quelques-uns parmi les plus visibles :  une sous-estimation volontaire  du coût de modernisation des forces nucléaires, un report de l’effort principal budgétaire au-delà de l’échéance de la prochaine élection présidentielle, la perspective d’une réévaluation de l’augmentation en 2021, l’absence d’évocation du fait que le coût des OPEX – 1,3 Mds€- sera imputé intégralement au budget du ministère, ramenant l’augmentation annuelle annoncée de 1,7 mds € jusqu’en 2021, à moins d’un Md.

L’expérience, particulièrement dans le domaine stratégique, a déjà amplement démontré que donner plus d’argent n’est pas la seule réponse. C’est une condition nécessaire, même indispensable dans le contexte actuel de nos armées mais ce n’est pas une condition suffisante. Il faut un projet structurant qui implique des choix et des priorités et qui repose d’abord sur une réflexion libre de tabous et de prolégomènes. Ce qui n’est pas le cas de cette revue stratégique et risque de transformer la  loi de programmation militaire en tonneau des Danaïdes.

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