L’accord de Vienne de 2015 sur le nucléaire iranien (JCPOA) a connu deux vies. La première, triomphale, s’étend de juillet 2015 à mai 2018 : le multilatéralisme semble l’emporter, l’Iran respecte ses engagements, les sanctions s’effacent progressivement. La seconde vie commence avec le retrait américain : six années d’agonie, ponctuées de tentatives de réanimation diplomatique qui échouent toutes. Notre premier article a retracé cette trajectoire descendante, de l’architecture sophistiquée de l’accord jusqu’à son délitement, malgré les efforts désespérés des Européens et les négociations de Vienne de 2021-2022.
L’année 2025 a transformé cette agonie en certificat de décès. Ce deuxième volet examinera le triptyque fatal qui a achevé définitivement le JCPOA, ainsi que les implications géopolitiques, notamment régionales, de cet effondrement.
Mai 2025 et l’accélération atomique
En mai 2025, avant même les événements qui allaient bouleverser le dossier nucléaire iranien, le programme nucléaire iranien atteint un niveau de développement sans précédent. L’AIEA rapporte que le stock total d’uranium enrichi de l’Iran s’élève à 9 247,6 kg (au lieu des 300 kg autorisés par le JCPOA, soit 30 fois plus), dont 408,6 kg enrichis jusqu’à 60 % d’U-235. Les capacités d’enrichissement de l’Iran se sont également considérablement accrues. Le pays opère désormais 36 cascades de centrifugeuses IR-1 ainsi que plusieurs cascades de centrifugeuses avancées IR-2m, IR-4 et IR-6. Ces centrifugeuses avancées sont nettement plus efficaces que les IR-1 de première génération, permettant à l’Iran d’enrichir de l’uranium plus rapidement et avec moins de centrifugeuses.
Entre février et mai 2025, la capacité de « breakout » de l’Iran – soit le temps nécessaire pour produire suffisamment de matière fissile pour une arme nucléaire – s’est réduite à quelques jours seulement, l’Iran produisant de l’uranium enrichi à 60 % à un rythme alarmant. L’Institute for Science and International Security estimait alors que l’Iran pourrait produire sa première quantité de 25 kg d’uranium enrichi à 90 % (suffisant pour une arme) en seulement deux à trois jours à l’usine de Fordow. En utilisant à la fois Fordow et Natanz, l’Iran pourrait produire suffisamment d’uranium pour cinq armes nucléaires en une semaine, huit en deux semaines, onze en un mois, et jusqu’à 22 en cinq mois.
La diplomatie face au précipice : négociations avortées et surenchère
Cette situation d’urgence croissante n’a pas échappé aux négociateurs américains. Entre avril et juin 2025, cinq rounds de négociations indirectes se tiennent grâce à la médiation du sultanat d’Oman à Mascate et à Rome, entre l’envoyé spécial américain Steve Witkoff et le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi. Le gouvernement Trump espère alors pouvoir conclure un nouvel accord avant que l’Iran ne franchisse le seuil critique d’enrichissement.
Les négociations achoppent cependant sur les mêmes impasses que par le passé. Après avoir laissé entendre que sa seule ligne rouge était la militarisation du programme iranien, Trump, reprenant la position d’Israël, exige le démantèlement complet du programme d’enrichissement iranien, tandis que les dirigeants iraniens insistent sur le fait que le principe de l’enrichissement, fût-il encadré, n’est pas négociable car inhérent au droit à l’énergie nucléaire à des fins pacifiques consacré par le Traité de non-prolifération (TNP). L’Iran propose un plan en trois étapes incluant une réduction temporaire de l’enrichissement à 3,67 % en échange d’un accès aux avoirs iraniens gelés et de l’autorisation d’exporter son pétrole. Mais les points de désaccord cruciaux demeurent : le droit de l’Iran à continuer l’enrichissement domestique, le sort de ses stocks actuels d’uranium hautement enrichi, et les conditions de levée des sanctions. L’idée d’un consortium régional d’enrichissement un moment agitée n’est acceptée par Téhéran que si cette activité a lieu sur le sol iranien.
Le 9 juin 2025, l’Iran rejette finalement la proposition américaine pour un nouvel accord nucléaire, la jugeant inacceptable et non alignée avec les négociations en cours. Trump répond en déclarant dans une interview à Fox News que l’Iran devient « beaucoup plus agressif » dans les négociations. Le 9 juin 2025, le Directeur général de l’AIEA informe le Conseil des gouverneurs que l’Iran a refusé de répondre aux questions de l’Agence notamment sur des activités suspectes dans plusieurs sites remontant au début des années 2000 et ne fait pas preuve de transparence sur son programme actuel, ce qui empêche l’Agence de remplir son mandat. Toutefois, le Directeur général souligne que cela ne signifie pas pour autant que l’Iran poursuit un programme nucléaire militaire, comme il le confirmera lors d’un entretien à CNN le 17 juin. Le Conseil n’en adopte pas moins le 12 juin une résolution déclarant l’Iran en non-conformité avec les obligations de son Accord de garanties avec l’AIEA.
Juin 2025, la guerre éclair : bombes sur le nucléaire, ombres sur la transparence
Le lendemain, le 13 juin 2025, Israël, qui a trouvé un prétexte en or, lance sa guerre contre l’Iran. Entre le 13 et le 24 juin, Israël mène une série de frappes aériennes massives contre les installations nucléaires et balistiques iraniennes. Le 22 juin, les États-Unis lancent à leur tour l’opération Midnight Hammer, envoyant des bombardiers furtifs B-2 Spirit qui larguent quatorze bombes anti-abri (bunker busters) sur les sites de Fordow, Natanz et Isfahan. Le président Trump déclare que les frappes ont « complètement et totalement anéanti » les principales installations d’enrichissement d’uranium de l’Iran.
La destruction n’est pourtant que partielle. Les évaluations initiales des renseignements américains indiquent que les frappes n’ont pas détruit la capacité nucléaire de l’Iran mais l’ont seulement retardée de quelques mois, selon le Pentagone d’un à deux ans. Le directeur de la CIA John Ratcliffe déclare ainsi que les frappes américaines et israéliennes ont enfoui « la grande majorité » de l’uranium enrichi de l’Iran aux centres de technologie nucléaire d’Esfahan et de Fordow, et qu’il serait « extrêmement difficile » pour l’Iran d’extraire ce matériel.
Depuis le 13 juin 2025, date du début des attaques israéliennes, l’AIEA n’a plus accès aux installations nucléaires iraniennes, à l’exception de la centrale nucléaire de Bushehr construite par la Russie. L’Iran a cessé de fournir des rapports de comptabilité des matières nucléaires et des questionnaires d’information de conception mis à jour. Le 2 juillet 2025, le président iranien Masoud Pezeshkian promulgue une loi adoptée par le Parlement iranien suspendant toute coopération avec l’AIEA jusqu’à ce que la sécurité des installations nucléaires soit garantie. Cette suspension marque la fin de la transparence nucléaire en Iran qui existait depuis l’entrée en vigueur en 1974 de son Accord de garanties avec l’AIEA.
Le « snap-back », dernier clou dans le cercueil du JCPOA
Le 28 août 2025, profitant du contexte de la guerre fraîchement terminée et de la visibilité accrue du programme nucléaire iranien, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni (les « E3 ») notifient le Conseil de sécurité de l’ONU qu’ils considèrent l’Iran en « non-respect significatif » de ses engagements au titre du JCPOA, déclenchant ainsi le mécanisme de « snap-back » prévu par la résolution 2231 de 2015. Dans leur lettre, ils citent des « preuves factuelles claires » des violations iraniennes, notamment un stock d’uranium enrichi dépassant désormais de plus de 40 fois la limite du JCPOA, avec plusieurs centaines de kilogrammes d’uranium enrichis jusqu’à 60 % et dont la localisation demeure inconnue suite aux frappes israélo-américaines de juin.
La fenêtre de 30 jours prévue pour que le Conseil de sécurité adopte une résolution maintenant la levée des sanctions s’ouvre alors. Pendant ce délai, une dernière tentative diplomatique est entreprise. Le Directeur général de l’AIEA Rafael Grossi et le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi se rencontrent au Caire et annoncent un accord sur la reprise des inspections nucléaires en Iran, en vain. L’accord intervient trop tard et manque de garanties concrètes : il n’impose pas d’engagements contraignants dans le temps pour l’Iran et sa mise en œuvre ne peut être vérifiée avant l’expiration de la fenêtre de 30 jours du « snap-back ». Les Européens proposent également à l’Iran une suspension unique de six mois du « snap-back » à condition que Téhéran accepte de reprendre des négociations directes et inconditionnelles avec les États-Unis, de revenir au respect de ses obligations en matière de garanties et de fournir des informations sur son stock d’uranium hautement enrichi. L’Iran refuse de s’engager formellement sur ces conditions en l’absence de garanties de non-attaque par les États-Unis.
La réimposition des sanctions le 27 septembre est fortement contestée par l’Iran, la Russie et la Chine. Dans une lettre cosignée par les ministres des Affaires étrangères des trois pays, ils qualifient le « snap-back » de « vicié sur le plan juridique et procédural ». La Russie dénonce « un chantage maladroit » et considère la réimposition des sanctions comme « nulle et non avenue » car dictée par les États-Unis qui ne sont plus membres du JCPOA. L’Iran prévient également que l’accord sur la coopération avec l’AIEA, conclu quelques jours plus tôt, sera caduc si les sanctions sont réimposées. En ce sens, le 20 octobre, l’Iran annonce l’annulation de l’accord de coopération signé au Caire avec l’AIEA. Cette décision souligne l’impasse totale des négociations et le durcissement de la position iranienne face à ce qu’elle perçoit comme une trahison occidentale.
L’échéance de l’accord : 18 octobre 2025
Le 18 octobre 2025 marque officiellement la fin du JCPOA, dix ans exactement après son adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies. Conformément au paragraphe 8 de la résolution 2231, toutes les dispositions de cette résolution ont pris fin, y compris le mécanisme de « snap-back » permettant la réimposition automatique des sanctions, ce qu’ont confirmé dans une lettre adressée au Secrétaire général des Nations Unies l’Iran, la Russie et la Chine.
Depuis, l’AIEA n’a plus aucune visibilité sur les inventaires actuels de matières nucléaires en Iran, y compris l’uranium hautement enrichi. Sans cette surveillance, il est impossible de savoir avec certitude où se trouve le stock d’uranium enrichi de l’Iran, combien a été endommagé par les frappes, et si du matériel a été détourné. Cette perte de transparence crée un angle mort dangereux qui pourrait permettre à l’Iran de progresser clandestinement vers une capacité d’armement.
Géopolitique sous tension : l’effet domino de l’effondrement du JCPOA
Pour l’Iran
La fin du JCPOA libère paradoxalement l’Iran de contraintes internationales substantielles, même si le pays reste sous le poids de sanctions sévères. Sans les restrictions du JCPOA, l’Iran peut désormais enrichir de l’uranium à n’importe quel niveau, installer autant de centrifugeuses qu’il le souhaite, et poursuivre des recherches sur des technologies avancées sans limites temporelles. Cette liberté d’action renforce stratégiquement la posture de Téhéran vis-à-vis de l’Occident, même si l’Iran reste soumis à son obligation de non-militarisation issue du TNP, dont il ne s’est pas retiré malgré les appels de certains « faucons » iraniens.
La suspension de la coopération avec l’AIEA offre à l’Iran une opacité stratégique qu’il n’avait pas connue depuis des décennies. Cette opacité peut servir de dissuasion : sans savoir exactement où se trouvent les matières fissiles iraniennes ni quel est l’état réel de son programme nucléaire, les adversaires de l’Iran doivent envisager un éventail plus large de scénarios, y compris la possibilité que Téhéran ait déjà franchi le seuil nucléaire.
Sur le plan géopolitique, l’Iran a opéré un pivot stratégique décisif vers l’Est. Les liens avec Moscou et Pékin se sont considérablement renforcés. L’accord de septembre 2025 avec la Russie pour la construction de quatre nouveaux réacteurs nucléaires représente un engagement à long terme d’une valeur de 25 milliards de dollars. La coopération militaire s’intensifie également : l’Iran fournit des drones à la Russie pour son effort de guerre en Ukraine, tandis que Moscou offre un soutien technologique pour le programme spatial et de défense iranien. Toutefois, la fourniture par la Russie de l’uranium enrichi pour ses centrales nucléaires continuera de rendre difficile à justifier le maintien d’une capacité de production nationale en Iran.
La Chine, premier partenaire commercial de l’Iran, continue d’acheter du pétrole iranien malgré les sanctions, fournissant ainsi à Téhéran une bouée de sauvetage économique essentielle. Cependant, les limites de ces partenariats sont également apparues : ni la Chine ni la Russie n’ont fourni un soutien militaire significatif à l’Iran pendant la guerre de juin 2025 avec Israël et les États-Unis.
En outre, la menace d’un retrait iranien du TNP, bien que n’ayant pas encore été mise à exécution, confère à Téhéran un levier diplomatique considérable. Les attaques israéliennes et américaines de juin 2025 sur des installations nucléaires sous garanties de l’AIEA fourniraient à l’Iran une justification plausible pour invoquer la clause de retrait contenue dans l’article X du TNP selon lequel un État partie peut se retirer du traité si « des événements extraordinaires, en rapport avec l’objet du présent Traité, ont compromis les intérêts suprêmes de son pays », clause invoquée par la Corée du Nord.
Pour les États-Unis et leurs alliés
L’effondrement du JCPOA représente un revers majeur pour la crédibilité du multilatéralisme américain et occidental. Le retrait unilatéral des États-Unis en 2018 d’un accord soutenu par l’ONU et respecté par l’Iran (selon l’AIEA) a sérieusement érodé la confiance dans les engagements internationaux de Washington. Cette perte de crédibilité complique la capacité des États-Unis à former des coalitions pour d’autres défis de non-prolifération.
Les alliés régionaux des États-Unis, notamment Israël et l’Arabie saoudite, se trouvent face à un dilemme existentiel. Israël a obtenu ce qu’il souhaitait – l’effondrement d’un accord qu’il jugeait insuffisant – mais se retrouve maintenant face à un Iran aux capacités nucléaires considérablement accrues et moins transparent qu’en 2015. La doctrine Begin, selon laquelle Israël ne tolérera aucun État hostile au Moyen-Orient possédant des armes nucléaires, pourrait pousser Israël à lancer de nouvelles frappes préventives.
L’Arabie saoudite se trouve dans une position particulièrement délicate. Le prince héritier Mohammed ben Salmane a déclaré à plusieurs reprises que si l’Iran développait une bombe nucléaire, Riyad suivrait le même chemin. Selon le ministre pakistanais de la Défense, l’accord de défense mutuelle stratégique conclu entre l’Arabie Saoudite et le Pakistan en septembre 2025 pourrait inclure une dissuasion nucléaire élargie de la part d’Islamabad envers Riyad.
La guerre de juin 2025 entre Israël et l’Iran a cristallisé trois leçons pour l’Arabie saoudite, selon une analyse de l’Institut français des relations internationales : premièrement, la « latence » ou la position du « seuil » nucléaire, longtemps considérée comme la couverture stratégique de l’Iran, n’offre aucune garantie contre des frappes préventives ; deuxièmement, les garanties de sécurité américaines restent incertaines ; troisièmement, malgré le rapprochement de 2023 négocié par la Chine entre l’Iran et l’Arabie saoudite, Téhéran a démontré qu’il n’hésiterait pas à placer les monarchies du Golfe en première ligne.
Ces développements augmentent considérablement le risque d’une cascade de prolifération régionale. Si l’Iran franchit ouvertement le seuil nucléaire, l’Arabie saoudite pourrait chercher à acquérir rapidement une capacité similaire, potentiellement en achetant des armes au Pakistan ou en développant son propre programme. La Turquie et l’Égypte pourraient également reconsidérer leurs positions. Comme le note une étude de l’IFRI « un effet domino dans la région pourrait se produire à la suite d’une rupture iranienne, ce qui pourrait mettre fin au régime de non-prolifération déjà fragile ».
Pour le système international de non-prolifération
Enfin, l’effondrement du JCPOA porte un coup sévère au régime du TNP, pierre angulaire de l’architecture mondiale de non-prolifération depuis 1970. L’accord de Vienne était considéré comme un modèle de diplomatie préventive, démontrant qu’il était possible de résoudre par la négociation les tensions nucléaires avec un État du seuil. Sa disparition envoie un message troublant : même les accords négociés minutieusement, approuvés par l’ONU et respectés (initialement) par toutes les parties peuvent s’effondrer sous le poids de changements politiques dans un seul pays.
Le cas iranien affaiblit le TNP de plusieurs manières. Premièrement, il souligne la vulnérabilité des États « non dotés » d’armes nucléaires face à des attaques militaires sur leurs installations nucléaires civiles. Les frappes israéliennes et américaines de juin 2025 sur des sites nucléaires sous garanties de l’AIEA établissent un précédent dangereux, tout particulièrement de la part d’États possédant des armes nucléaires, l’un étant non partie au TNP et l’autre un des Dépositaires de ce Traité.
Deuxièmement, la possibilité d’un retrait iranien du TNP créerait un précédent majeur. La Corée du Nord s’est retirée du TNT en 2003 et a ensuite développé des armes nucléaires, mais elle demeurait un cas relativement isolé. Un retrait iranien, survenant dans le contexte d’attaques militaires occidentales sur son programme nucléaire civil, pourrait trouver une audience sympathique dans de nombreuses capitales du Sud global. Cela diminuerait la confiance d’autres États dans la capacité du régime de non-prolifération à les protéger.
Troisièmement, l’échec du JCPOA complique considérablement les perspectives de résolution négociée d’autres crises de prolifération. Si douze ans de négociations peuvent aboutir à un accord qui s’effondre en seulement trois ans, quels sont les incitations pour d’autres États à négocier des accords similaires ? Cette question se pose avec acuité pour des dossiers comme celui de la Corée du Nord.
Les divisions au sein du Conseil de sécurité de l’ONU se sont également approfondies. Le vote de septembre 2025 sur le « snap-back » a révélé un clivage net : les cinq Membres permanents se sont retrouvés divisés, avec les Occidentaux d’un côté, et la Russie et la Chine de l’autre. Cette fracture complique toute action collective future sur les questions de non-prolifération.
L’affaiblissement de la vérification multilatérale représente peut-être la conséquence la plus grave pour le régime de non-prolifération. La suspension de la coopération iranienne avec l’AIEA signifie la perte de transparence sur un programme nucléaire sensible dans une région volatile. Sans cette surveillance, le système d’alerte précoce qui devait empêcher une militarisation clandestine ne fonctionne plus. Au-delà du cas iranien, l’échec du JCPOA pourrait dissuader d’autres États de coopérer pleinement avec l’AIEA. Si la transparence peut faciliter le ciblage militaire, comme cela s’est produit en Iran, pourquoi un État accepterait-il des inspections intrusives ? Cette dynamique menace de saper l’ensemble du système de garanties de l’AIEA, fondement technique du TNP.
Enfin, la militarisation de la non-prolifération, devenue « contre-prolifération », illustrée par les frappes de juin 2025 établit un précédent inquiétant. L’utilisation de la force militaire pour détruire des installations nucléaires civiles, même si elle retarde temporairement un programme, peut en fait accélérer la décision d’un État de se doter d’armes nucléaires pour se protéger de futures attaques. Les attaques israéliennes contre des installations irakiennes en 1981 ont certes retardé le programme de ce pays, mais ont encouragé Saddam Hussein à le poursuivre jusqu’à son démantèlement par l’ONU.
Conclusion : l’héritage paradoxal de 2025, entre vertige et défi à relever
L’année 2025 restera ainsi comme celle de tous les échecs diplomatiques. De mai à octobre, chaque mois apporte sa part de catastrophes : mai voit l’Iran accumuler 408,6 kg d’uranium enrichi à 60 %, juin déclenche la guerre, septembre active le « snap-back » malgré l’opposition de Moscou et Pékin, octobre ferme définitivement le JCPOA. Mais l’ironie la plus grinçante est que l’Iran émerge renforcé de ce naufrage. Libéré des restrictions, opaque depuis juillet 2025, soutenu par l’entreprise russe Rosatom et Pékin, Téhéran jouit d’une latitude stratégique inédite et le système international de non-prolifération vacille. Pourtant, une question cruciale persiste : existe-t-il encore une voie diplomatique viable ?