Vers une nouvelle guerre froide

froideLe Président Obama vient récemment de déclarer à l’ONU : « nous ne pouvons pas échapper à la perspective d’une guerre nucléaire, sauf si nous nous engageons à arrêter la prolifération des armes nucléaires et à poursuivre l’objectif d’un monde sans ces armes ». La réalité de la politique militaire américaine est pourtant bien éloignée de ce discours : les Etats-Unis s’engagent dans un programme de réarmement nucléaire massif, censé s’adapter à une modification de la menace nucléaire, mais qui, en fait, repose sur le recyclage des vieux concepts  stratégiques.

En visite sur la base aérienne de Minot (site des bombardiers nucléaires B-52 et de missiles Minuteman III), le Secrétaire à la Défense Ashton Carter a déclaré que « les Etats-Unis ne veulent pas s’interdire d’utiliser les premiers l’arme nucléaire en cas de conflit » souhaitant ainsi mettre fin au débat engagé ces derniers mois. Une attitude qui ne sera probablement pas contestée par la France !

Il a poursuivi en déclarant : « la menace d’attaques nucléaires est toujours forte et sous différentes formes, les Etats-Unis doivent s’y préparer. Il y a une réalité qui est que les adversaires potentiels nucléaires, comme la Russie ou la Corée du Nord peuvent lancer de terribles attaques », faisant allusion notamment à l’annexion de la Crimée et au conflit dans le Donbass. Il a ajouté « Nous ne pouvons pas nous permettre que cela se reproduise. C’est la raison pour laquelle nous travaillons avec nos alliés pour innover et exploiter de nouveaux moyens pour soutenir la dissuasion et pour continuer de préserver la stabilité stratégique ».

Il a également indiqué que les Etats-Unis allaient « corriger des décennies de sous-investissement dans la dissuasion nucléaire », signifiant l’intention du gouvernement américain de moderniser rapidement la triade nucléaire. Un investissement qu’il chiffre à 108 milliards de dollars pour les cinq prochaines années, afin de soutenir et « recapitaliser » la force nucléaire.

Il a enfin accusé la Russie de se livrer à une gesticulation agressive et de construire de nouveaux systèmes nucléaires. À cet égard, si les exercices militaires russes sont à juste titre décriés, il faut bien noter que les Etats-Unis ont également repris une activité intense, qui n’a d’équivalent que celle réalisée durant la Guerre froide. Ainsi, le 1er avril 2015 quatre bombardiers B-52H à capacité nucléaire ont survolé le pôle nord  dans le cadre d’un exercice (nom de code : Polar Growl) de frappe nucléaire dirigé contre la Russie… Ces avions avaient une force cumulée de 80 missiles de croisière nucléaire, soit une puissance combinée de 800 bombes d’Hiroshima ! Un exercice similaire (nom de code : Polar Roar) a été réalisé le 1er aout dernier.

Ces déclarations et les tensions existantes doivent une nouvelle fois faire prendre conscience du risque d’une guerre nucléaire (volontaire ou par accident), où les Européens se trouveraient une fois de plus au centre. Ce risque ne peut être écarté qu’à la condition que les Etats-Unis et la Russie réactivent leurs négociations de désarmement et s’engagent dans d’importantes réductions de leurs arsenaux. Ils ne pourront y être contraints que par une pression diplomatique forte, notamment de la France et de l’Union européenne qui doivent leur demander de démontrer dans les faits leur volonté d’aller vers un monde sans armes nucléaires…

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