Par Rose Gottemoeller, Foreign Affairs, 12 juin 2026
[RÉSUMÉ] L’érosion de l’efficacité de la dissuasion nucléaire face aux évolutions de la guerre moderne impose une réévaluation profonde de la stabilité stratégique globale. Les récents conflits illustrent la vulnérabilité des puissances atomiques face à des attaques conventionnelles et hybrides menées par des acteurs étatiques ou non étatiques : des frappes de drones légers et peu coûteux sont parvenues à neutraliser des bombardiers stratégiques russes, des missiles ciblent des infrastructures sensibles en Israël, et des affrontements conventionnels se poursuivent entre puissances dotées. Ces événements révèlent l’impuissance des arsenaux nucléaires traditionnels à dissuader des offensives asymétriques dès lors que le seuil de riposte atomique reste trop élevé pour être franchi de manière crédible. Face au risque accru d’escalade involontaire ou d’accidents, la stratégie de sécurité doit glisser d’une dissuasion fondée sur la menace de représailles nucléaires vers une « dissuasion par le déni », privilégiant le renforcement des défenses anti-aériennes et la résilience des infrastructures sensibles. Il devient ainsi impératif pour la communauté internationale de consolider le tabou nucléaire en établissant des normes interdisant explicitement les attaques conventionnelles contre les installations nucléaires civiles et militaires, tout en dissuadant les États non dotés de rechercher l’arme atomique, cette dernière ne garantissant plus une protection absolue contre les agressions contemporaines.