Par Alexander Kment, Frontiers, 19 juin 2026
[RÉSUMÉ] La remise en cause de la légitimité politique, juridique et éthique de la dissuasion nucléaire s’impose aujourd’hui à la lumière de l’accumulation des preuves scientifiques et humanitaires sur les impacts d’une détonation atomique. Alors que le contexte géopolitique contemporain se caractérise par la modernisation des arsenaux et l’érosion des accords de désarmement, une asymétrie probatoire majeure se fait jour : d’un côté, les conséquences d’un emploi d’armes nucléaires perturbations climatiques, famines globales, effondrement des systèmes de santé et risques systémiques transfrontaliers reposent sur des données empiriques et interdisciplinaires robustes. De l’autre, la doctrine de la dissuasion s’appuie sur des spéculations invérifiables quant à la rationalité des acteurs, la stabilité des crises et l’absence d’erreurs de calcul ou d’accidents. Cette doctrine impose un risque existentiel collectif à des populations et des États non dotés d’armes nucléaires qui ne disposent d’aucun pouvoir décisionnel sur ces arsenaux, créant une rupture fondamentale de légitimité. En s’appuyant sur l’Initiative sur les impacts humanitaires et sur les avancées du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, un changement de paradigme s’opère pour redéfinir l’arme nucléaire non plus comme un garant de stabilité, mais comme une source de vulnérabilité globale inacceptable. La réorganisation de la diplomatie multilatérale nécessite ainsi l’intégration des preuves scientifiques et des exigences de sécurité des États non nucléaires, tout en inversant la charge de la preuve pour contraindre les puissances atomiques à justifier la viabilité de leur doctrine face au risque de catastrophe planétaire.