Londres est-elle en train de passer de la dissuasion nucléaire à la conduite de la guerre ?

Par S.M. Amadae et Tom StevensonBulletin of the Atomic Scientists10 juillet 2026

[RÉSUMÉ] L’abandon progressif par le Royaume-Uni de sa doctrine de désarmement et de “dissuasion minimale” au profit d’une posture de combat nucléaire marque une rupture stratégique majeure susceptible de déstabiliser l’équilibre sécuritaire européen. Longtemps considéré comme un acteur modèle de la non-prolifération, Londres a discrètement inversé cette trajectoire en augmentant le plafond maximal de son arsenal d’ogives de plus de 40 %, en révisant sa doctrine stratégique pour inclure un droit de révision de l’usage de l’atome contre des États non nucléaires, et en s’engageant dans l’acquisition de capacités nucléaires tactiques. Cette évolution s’incarne concrètement par la réintégration du Royaume-Uni dans la mission nucléaire aéroportée de l’OTAN et le redéploiement d’armes nucléaires américaines sur le sol britannique. Conçue sans véritable débat démocratique ni analyse publique approfondie, cette intégration de systèmes de contre-force de haute précision offre à l’OTAN des options de frappes préventives ou de ripostes graduées qui érodent la certitude d’une capacité de seconde frappe chez les adversaires comme la Russie. Dans un contexte où la supériorité conventionnelle de l’OTAN incite déjà les États plus faibles à envisager le recours à l’atome en cas de menace existentielle, le développement de ces capacités tactiques et le risque de confusion lié aux appareils à double capacité accentuent considérablement le danger d’une escalade incontrôlée, transformant la promotion de la sécurité en un vecteur de prolifération et d’instabilité globale.

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