La Corée du Nord à la croisée des chemins ? Un examen des racines historiques, des sanctions et des réalités actuelles / North Korea at the Crossroads? An Examination of Historical Roots, Sanctions, and Present Realities

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Angela Kane 1

Septembre 2026

 

 

Une brève introduction au conflit

 

La guerre de Corée fut un conflit majeur qui dura trois ans, de juin 1950 à juillet 1953. Tout a commencé lorsque des soldats nord-coréens ont franchi le 38e parallèle, qui constituait la frontière d’origine entre la Corée du Nord (soutenue par l’Union soviétique et la Chine) et la Corée du Sud (soutenue par les États-Unis et les Nations Unies). 

 

Les combats se terminèrent avec la signature de l’accord d’armistice coréen, mais aucun accord de paix formel ne fut jamais signé. Les États-Unis ont promis à plusieurs reprises un traité de paix, mais le Congrès américain s’y est opposé. Cela signifiait que la Corée du Nord restait un ennemi de guerre et que le conflit ne prit techniquement jamais fin. À ce jour, la zone démilitarisée (DMZ), large de 4 kilomètres, divise les deux Corées ; elle reste une frontière gelée, et l’hostilité entre les deux pays dure depuis la division il y a trois quarts de siècle.

 

Encore aujourd’hui, les États-Unis maintiennent plus de 24 000 militaires en service actif en Corée du Sud, tandis que plus de 39 000 soldats américains sont stationnés sur 132 bases dans la région. La Septième Flotte américaine est la plus grande des forces navales déployées par la marine américaine.

 

La Corée du Nord, avec une population de 26,6 millions d’habitants, possède la quatrième plus grande armée au monde avec 1,2 million de personnels actifs et 600 000 réservistes. Malgré une pauvreté généralisée, le pays consacre environ 25 % de son PIB à la défense. Certains analystes estiment que le pourcentage est encore plus élevé : un tiers du PIB serait consacré à l’armée. La République populaire et démocratique de Corée (RPDC) estime qu’elle poursuit une guerre qui a commencé il y a 76 ans. 

 

Les deux Corées sont devenues membres des Nations Unies en 1991. Les États-Unis ne reconnaissent pas officiellement la RPDC, pas plus que le Japon. Les deux gouvernements reconnaissent la République de Corée (du Sud) comme le seul gouvernement légitime de la péninsule coréenne.

 

Qu’en est-il du développement d’armes nucléaires par la RPDC ?

 

On suppose généralement que la puissance nucléaire de la RPDC est la conséquence directe de l’échec à régler le conflit intra-coréen. La Corée du Nord a adhéré au Traité de non-prolifération (TNP) en 1985, mais elle ne l’a jamais pleinement respecté. La signature de l’accord de garanties qui permettrait les inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur son programme nucléaire a été reportée à 1992. Lorsque les inspections ont commencé et que l’AIEA a suggéré que la Corée du Nord cachait des matières nucléaires, la RPDC a été le premier pays à annoncer son retrait du TNP. 

 

Cependant, les États-Unis ont tenté de maintenir la Corée du Nord dans le TNP. En 1994, les États-Unis et la Corée du Nord ont négocié l’Accord-cadre dans lequel la Corée du Nord s’engageait à geler son programme nucléaire. En échange, la Corée du Nord obtiendrait une aide en matière d’énergie nucléaire civile, y compris deux réacteurs à eau légère résistants à la prolifération. 

 

Le programme nucléaire nord-coréen a continué de se développer dans les années 1990 et s’est encore accéléré après l’attaque du 11-Septembre 2001 contre les États-Unis, qui a galvanisé les États à agir contre les terroristes. Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté deux résolutions, l’une – Résolution 1368(2001) – condamnant l’attaque et l’autre – Résolution 1373(2001) – exposant des mesures concrètes et des stratégies pour lutter contre le terrorisme international. Le président américain de l’époque, George W. Bush, a dénoncé « l’Axe du Mal » incluant l’Iran, l’Irak et la RPDC.

 

À cette époque, l’Accord-cadre de 1994 avait déjà fait l’objet d’allégations de violations de la part des deux parties ; il s’est effondré en octobre 2002, après quoi la Corée du Nord a confirmé son retrait du TNP. Le retrait n’a jamais été pleinement reconnu juridiquement, et la RPDC est toujours inscrite officiellement par l’ONU comme État partie au TNP, avec la justification que le TNP a été prorogé indéfiniment en 1995 et que les retraits n’étaient donc plus possibles. D’autres ont soutenu que rejoindre le Traité pour acquérir une technologie nucléaire à des fins pacifiques en vertu de l’article IV, puis développer des armes nucléaires, constituait un « abus de droit » et que le retrait ne pouvait donc pas avoir effet.

 

Néanmoins, les événements de septembre 2001 et l’action coopérative forcée contre le terrorisme ont conduit à un effort plus vigoureux des États-Unis et d’autres États pour démanteler le programme nucléaire nord-coréen. 

 

Le résultat fut le lancement des Pourparlers à Six, une série de négociations multilatérales qui ont eu lieu de façon intermittente à partir de 2003 avec la participation de la Chine, du Japon, de la Corée du Nord, de la Russie, de la Corée du Sud et des États-Unis. La Chine a présidé les pourparlers et les a accueillis à Pékin. L’objectif était le démantèlement du programme nucléaire nord-coréen, mais la Corée du Nord a décidé en 2009 d’arrêter sa participation. Alors que d’autres participants, notamment la Chine, ont périodiquement appelé à la reprise du processus, cela ne s’est jamais produit.

 

Alors Kim Jong Un entre en scène

 

Kim Jong Un est devenu le Guide suprême de la Corée du Nord fin 2011. Il voit le programme d’armes nucléaires comme un moyen d’atteindre une fin, et non comme une fin en soi. En 2013, il a adopté la « politique byungjin », qui a remplacé la politique militaire d’abord de son père Kim Jong Il. C’est une stratégie qui prévoit l’avancement simultané du programme d’armes nucléaires et de l’économie nord-coréenne, augmentant la production agricole et de biens de consommation.

 

Kim Jong Un a souligné qu’il considérait une dissuasion nucléaire fiable comme la garantie de sécurité qui lui permettrait de se concentrer sur le développement économique et de libérer des ressources qui seraient autrement consacrées à l’armée. Cela a été confirmé lors du VIIe Congrès du Parti en 2017, mais cette stratégie a été abandonnée un an plus tard, en 2018. Il est encore débattu pour savoir si cette stratégie était réellement économique ou si c’était principalement une couverture rhétorique pour une montée en puissance nucléaire.

Après la fin des Pourparlers à Six, l’administration Obama a interrompu l’engagement diplomatique avec la Crée du Nord, interruption qui a duré plusieurs années. 

 

Cela a changé lorsque Donald Trump est entré en politique. Lors de sa campagne électorale et durant les premiers mois de sa présidence, il a répété à plusieurs reprises qu’il ne vivrait pas avec la menace que la Corée du Nord devienne une puissance nucléaire, et il a promis qu’il « résoudrait » le problème une bonne fois pour toutes, après l’échec de ses prédécesseurs.

En septembre 2017, Trump a lancé une menace directe contre la Corée du Nord depuis le podium de l’Assemblée générale de l’ONU. Cela a été suivi par ce qu’on peut appeler la période du « feu et de la fureur » où Trump a lancé des insultes contre le « Petit Homme-Fusée » Kim Jong Un, lequel lui a répondu en le qualifiant de « vieillard américain mentalement dérangé », entre autres insultes. 

 

Trump a affirmé que si « nous étions forcés de nous défendre nous-mêmes ou nos alliés, nous n’aurions d’autre choix que de détruire totalement la Corée du Nord. Il a également tweeté que le ministre des Affaires étrangères de la RPDC, Ri Yong Ho, « ne sera[it] là plus très longtemps », après que Ri eut déclaré à l’Assemblée générale de l’ONU que les menaces de Trump avaient rendu inévitables les « visites de missiles de Pyongyang sur tout le continent américain ».

Le lendemain, Ri alla encore plus loin en déclarant que la Corée du Nord avait le droit d’abattre des bombardiers stratégiques américains « même si ce n’est pas à l’intérieur de la frontière de l’espace aérien ou de notre propre pays ». 

 

Si les déclarations de la Corée du Nord étaient cohérentes, celles des États-Unis ne l’étaient pas. Le Secrétaire d’État de l’époque, Rex Tillerson, a insisté pour que Kim Jong Un désarme totalement. Plus tard, il a soutenu qu’il devait simplement mettre en pause les essais d’armes nucléaires. Le Conseiller à la sécurité nationale de Trump, Herbert Raymond (« H.R ») McMaster, a insisté sur le fait que la RPDC devait accepter des inspections très intrusives pour déterminer la localisation de son arsenal nucléaire et accepter de planifier finalement l’abandon de cet arsenal.

 

Rappelons que la Corée du Nord n’a jamais autorisé les inspecteurs de l’AIEA à inspecter autre chose que son réacteur nucléaire de Yongbyon. Rappelons aussi qu’en 2012, la Constitution nationale avait déjà désigné le pays officiellement comme une puissance nucléaire. Cette loi a été modifiée en septembre 2023 pour faire de la politique nationale de renforcement des forces nucléaires une loi fondamentale permanente.

 

2018 a été l’année où des développements ont eu lieu à une vitesse époustouflante. La diplomatie olympique à l’occasion des Jeux de Peyongchang, de plusieurs sommets intercoréens et de l’accord surprise visant à organiser un sommet entre le président Trump et le dirigeant Kim Jong Un à Singapour en juin.

 

Bien que la déclaration conjointe publiée lors du sommet de Singapour ait été en deçà des attentes, le sommet a pu annoncer plusieurs progrès : le rapatriement des restes des prisonniers de guerre ou disparus américains, la destruction du site d’essais nucléaires de Punggye-ri, la suspension des exercices militaires américano-sud-coréens, l’absence de lancement de missiles ou d’essais nucléaires de la RPDC, ainsi que plusieurs visites du Secrétaire d’État américain Mike Pompeo à Pyongyang. Cela s’est accompagné de tweets en langage fleuri de la Maison-Blanche selon lesquels Trump et Kim Jong Un étaient « tombés amoureux » et s’étaient écrit de « magnifiques lettres ».

 

Mais allait s’ouvrir alors la partie difficile : aboutir à des progrès concrets dans la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Le deuxième sommet Trump-Kim Jong Un à Hanoï début 2019 s’est terminé brusquement et sans accord, et la « table de signature » qui avait été dressée en prévision d’une cérémonie est restée inutilisée. Une troisième rencontre Trump-Kim a eu lieu dans la DMZ en juin 2019, mais la reprise annoncée des « pourparlers nucléaires » n’a jamais eu lieu.

 

Quelque chose a-t-il été obtenu à part faire monter les attentes ?

 

La réponse est un oui catégorique. L’initiative prise par le président Trump a constitué la première ouverture diplomatique dans un conflit essentiellement « figé ». Même si l’on rend hommage au président sud-coréen Moon Jae-in, au dialogue intercoréen et aux accords conclus avec son homologue nord-coréen, il est clair que la solution à la péninsule coréenne ne peut être atteinte de manière bilatérale. Néanmoins, le dialogue diplomatique intercoréen a été extrêmement important non seulement pour obtenir des réalisations concrètes, mais aussi pour maintenir l’élan des discussions nucléaires coréennes.

 

Après Hanoï, l’attention s’est déplacée de la dénucléarisation vers d’autres actions et acteurs. Il est devenu évident que l’intérêt et l’élan avaient disparu. La Corée du Nord a repris ses activités nucléaires et perfectionné sa capacité militaire, mais a largement ignoré les tentatives de reprise du dialogue.

 

L’administration Biden est arrivée au pouvoir en janvier 2021 et a tenté d’entamer un dialogue avec la Corée du Nord en envoyant des messages par les canaux diplomatiques, mais es efforts sont restés sans réponse. Malgré la longue absence de dialogue, des tentatives ont été faites pour offrir quelques concessions – l’assouplissement des sanctions en échange de gestes réciproques pour démanteler le programme nucléaire nord-coréen – mais Kim Jong Un a ignoré toute démarche. Peut-être n’a-t-il pas oublié que Joe Biden l’avait traité de « voyou » lors d’un des débats présidentiels pré-électoraux.

Il faut également se rappeler que la Corée du Nord a fait face à une contraction économique croissante due au durcissement des sanctions, et que l’isolement total dû au COVID-19 a encore freiné tout progrès économique possible.

 

Il est devenu clair que les chances de coopération entre les États-Unis et la RPDC étaient minces voire nulles, surtout tant que l’administration Biden continuait à parler de « dénucléarisation ». S’en tenir à la déclaration conjointe de Singapour de 2018 selon laquelle la Corée du Nord « œuvrerait à la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne » (bien que mal définie) ignorait le fait que l’expansion des armes nucléaires et des missiles balistiques s’était accrue au cours des années suivantes et que Kim Jong Un n’avait aucune intention d’éliminer la dissuasion nucléaire qu’il considère comme essentielle à la survie de son régime.

 

Ainsi, l’administration Biden s’est achevée sans progrès notables sur le dossier nord-coréen, et lorsque Donald Trump a été réélu, il n’a pas renoué de véritable dialogue à son entrée en fonction, malgré son « excellente relation » avec le dirigeant Kim Jong Un. Trump, dans ses premiers mois au pouvoir, a même ignoré les provocations des essais de missiles nord-coréens, le vol de cybermonnaie et les relations de plus en plus étroites de Kim Jong Un avec la Chine et la Russie.

 

L’importance des sanctions contre la Corée du Nord

 

La RPDC a été soumise à des sanctions presque continuellement depuis sa fondation en 1948. Au départ, ces sanctions ont été imposées car Pyongyang faisait partie du bloc soviétique, et cette situation a été amplifiée par la guerre de Corée.

 

Depuis 1993 (lorsque la RPDC s’est retirée du TNP), et plus précisément depuis qu’elle a testé des armes nucléaires en 2006, le pays est soumis à des sanctions imposées par les Nations Unies, mais aussi par les États-Unis, l’Union européenne et le Royaume-Uni. Après le premier essai nucléaire, la Corée du Nord a suivi avec cinq autres essais ; le dernier a eu lieu en septembre 2017, après quoi Kim Jong Un a déclaré qu’il suspendrait les essais nucléaires et de missiles en 2018. La Corée du Nord est le seul pays à avoir testé des armes nucléaires durant ce millénaire, ce qui a déclenché de fortes sanctions imposées par les États-Unis et les Nations Unies.

 

Parmi les nombreuses sanctions imposées aux pays par les Nations Unies – il y en a eu 31 régimes depuis 1966 – celles concernant la RPDC sont les plus sévères. Il existe 21 types de sanctions contre le pays, allant de la non-prolifération aux mesures financières, en passant par l’interdiction des travailleurs de la RPDC à l’étranger et une interdiction générale de voyager à l’étranger, en plus des sanctions pour des particuliers et des entités.

 

Les sanctions relèvent du mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, et en 2006, lors de l’adoption de la première résolution sur les sanctions nord-coréennes (A/RES/1718 du 14 octobre 2006), a également été créé le Comité des sanctions 1718 de la RPDC qui prépare des rapports annuels sur ses activités. Le président du Comité 1718 a toujours été l’un des membres élus du Conseil, donc, par exemple, la Suisse a été présidente du Comité en 2022-2023, et la Grèce pour 2024-2025. 

 

Le travail du Comité est soutenu par un Panel d’experts (composé de huit membres) créé conformément à la résolution 1874 adoptée en 2009. Ces experts assistent le Comité en recueillant des informations, en examinant des rapports et en formulant des recommandations pour améliorer l’efficacité des sanctions. Dans le cas de la Corée du Nord, ils ont des expertises spécialisées dans des domaines tels que les questions nucléaires, les autres armes de destruction massive (chimiques, biologiques), le contrôle des armements et la politique de non-prolifération, les achats et le commerce, la finance et l’économie, le transport aérien et maritime, les questions de missiles et d’autres technologies.

 

Bien que le mandat du Panel d’experts ait été renouvelé chaque année, il a cessé ses activités en avril 2024 lorsque la Chine et la Fédération de Russie n’ont pas accepté la résolution de le renouveler telle qu’elle avait été rédigée. Les États-Unis étaient à l’origine du projet de résolution. Les négociations ont duré plus d’un mois, mais aucun accord n’a pu être trouvé. Quels étaient les problèmes ?

 

La Chine a suggéré de réduire la fréquence des rapports du Panel et a également cherché à accorder au Comité 1718 une plus grande supervision sur le travail du Panel en ajoutant un texte qui aurait exigé que le Comité approuve le rapport du Panel avant de le transmettre au Conseil de sécurité. La Chine a également poussé à réduire le nombre de réunions régulières du Conseil de sécurité sur la RPDC en modifiant le cycle de rapport de 90 à 120 jours. La Russie a proposé d’introduire une clause de caducité qui aurait obligé le Conseil de sécurité à renouveler le régime de sanctions chaque année (actuellement, ce régime n’a pas de date d’expiration). Ces propositions ont été contestées par la majorité des membres du Conseil de sécurité.

 

Le 28 mars 2024, le Conseil de sécurité a voté sur le projet de résolution prolongeant le mandat du Panel d’experts, mais le projet a été rejeté par la Russie. La Chine s’est abstenue. Tous les autres membres ont voté en faveur du texte. Le veto de la Russie  contre le renouvellement du Panel d’experts des Nations Unies sur la Corée du Nord en mars 2024 était un signal fort de la coopération croissante entre Moscou et Pyongyang. Cela s’est étendu de la fourniture de munitions et de missiles balistiques à la Russie pour une utilisation en Ukraine à un partenariat stratégique global, incluant la fourniture de troupes nord-coréennes pour l’effort de guerre russe. Le nombre de soldats combattant pour la Russie en Ukraine est estimé à entre 12 000 et 15 000 soldats.

 

Dans son rapport S/2024/215 couvrant juillet 2023 à janvier 2024, le Panel a conclu que la Corée du Nord « continuait de bafouer les sanctions du Conseil de sécurité », de développer davantage les armes nucléaires et de violer les sanctions maritimes. Le Panel a enquêté sur les cyberattaques et les violations liées aux cryptomonnaies ainsi que sur les opérations financières illicites. Le rapport documente de nombreux cas et s’étend sur 615 pages.

 

Il est clair que dans le climat géopolitique actuel, le Conseil de sécurité est profondément divisé au sujet de la Corée du Nord (et pas seulement !). Et pourtant, il faut aussi remettre en question l’efficacité des sanctions en général. Même avec les sanctions les plus sévères en vigueur depuis 29 ans, la RPDC n’a pas freiné le développement de ses armes nucléaires ni d’autres équipements militaires. Alors comment pouvons-nous évaluer l’impact politique et économique intérieur des sanctions sur la RPDC ? Il faut ajouter que les données sur la RPDC sont très difficiles à obtenir – l’économie et la sphère politique sont très opaques et, sans données pour mesurer les progrès ou les revers, nous n’avons que des estimations sur la situation actuelle.

 

Mais il faut se poser la question : pourquoi les sanctions ont-elles été inefficaces et infructueuses ? Pourquoi la RPDC ne s’est-elle pas effondrée sous le poids de ces restrictions ? Trois raisons possibles : 

  1. L’habileté de la Corée du Nord à l’évasion des sanctions ; 
  2. Le refus d’autres États d’appliquer des sanctions économiques ; et 
  3. Le soutien diplomatique et autre de la Chine et de la Russie pour protéger la RPDC.

 

Pour récapituler, depuis l’effondrement en 2019 de la diplomatie de haut niveau avec la Corée du Nord et à la suite du plan de modernisation militaire quinquennal annoncé par le pays en janvier 2021, Pyongyang a progressivement étendu ses capacités militaires. La RDPC a mené un nombre sans précédent d’essais de missiles et, ce faisant, introduit une gamme de nouvelles technologies de missiles. La Corée du Nord a récemment également introduit une nouvelle loi qui apporte des changements significatifs à sa doctrine nucléaire.

 

Parallèlement, le contexte géopolitique en rapide évolution, illustré de façon frappante par l’intensification de la rivalité entre les États-Unis et la Chine et la guerre de la Russie contre l’Ukraine, rend non seulement la résolution du conflit entre la communauté internationale et la Corée du Nord concernant ses armes nucléaires et ses capacités militaires encore moins probable, mais met aussi à rude épreuve le mécanisme central utilisé par la communauté internationale pour traiter la Corée du Nord ces dernières années, c’est-à-dire l’imposition de sanctions par le Conseil de sécurité de l’ONU. Malgré les progrès quantitatifs et qualitatifs sans précédent dans le renforcement militaire nord-coréen, le Conseil de sécurité n’a imposé aucune nouvelle sanction au pays depuis 2017.

 

Une nouvelle approche pour remplacer le Panel des sanctions ?

 

Après la dissolution du Panel d’experts en 2024, les États-Unis – en octobre 2024 – ont publié une déclaration sur leur plan visant à créer une « Équipe multilatérale de surveillance des sanctions » (MSMT). Il s’agit d’une nouvelle initiative visant à aider à la mise en œuvre complète des sanctions de l’ONU imposées contre la Corée du Nord. Le MSMT, établi par onze pays (Allemagne, Australie, Canada, Corée du Sud, États-Unis, France, Italie, Japon, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Royaume-Uni), continuera probablement dans l’esprit du Panel d’experts de l’ONU. En effet, la déclaration conjointe a fait référence à la dissolution du Panel comme facteur moteur de la création du MSMT, affirmant que son objectif est de « publier […] des informations fondées sur des enquêtes rigoureuses sur les violations des sanctions et les tentatives d’évasion ».

 

Le 23 octobre 2024, le ministère russe des Affaires étrangères a condamné le MSMT comme illégal et illégitime. La Chine, qui s’était abstenue lors du vote pour prolonger le mandat du Panel de l’ONU, n’a pas encore réagi à la création du MSMT, mais il est peu probable qu’elle y participe. Pendant les opérations du Panel de l’ONU, la Chine et la Russie auraient entravé les enquêtes, malgré leur représentation au sein du Panel. En tant que tels, ces pays refuseront presque certainement de coopérer avec les enquêtes du MSMT, notamment compte tenu des relations sino-sud-coréennes et de la coopération militaire croissante de Moscou avec Pyongyang. Mais les deux pays assuraient également une fonction d’opposition au sein du Panel d’experts qui, bien que souvent contraignante, rendait le consensus final plus puissant. C’est pourquoi l’absence de représentation chinoise et russe au MSTM se fera vivement sentir.

 

Le 30 mai 2025, le MSTM a publié une déclaration conjointe accompagnant son premier rapport qui portait principalement sur la coopération militaire illégale entre la RPDC et la Russie, y compris les transferts d’armes et la formation des troupes de la RPDC par la Russie. Le document a été soumis sous forme de document au Conseil de sécurité (S/2025/340 du 3 juin 2025).

 

Un second rapport a été publié par les États-Unis en janvier 2026, qui s’est concentré sur les violations et les évasions des sanctions de l’ONU par la RPDC par des activités illicites de travailleurs en cybersécurité et technologies de l’information. En informant les autres États membres de l’ONU sur le rapport, les États-Unis ont déclaré qu’ils restaient engagés en faveur de la dénucléarisation complète de la Corée du Nord et de l’application des sanctions de l’ONU contre la RPDC. 

Il reste à voir si le MSMT pourra fonctionner comme un « ersatz » de Panel d’experts. Sans mandat de l’ONU, le MSMT aura inévitablement du mal à obtenir sa légitimité parmi les États non alignés, qui pourraient refuser de coopérer aux enquêtes ou de mettre en œuvre des recommandations. De même, comme pour le Panel de l’ONU, la majeure partie des preuves recueillies proviendra probablement des sources de renseignement des États membres, et son évaluation critique par des experts indépendants sera essentielle pour garantir leur crédibilité. 

 

De plus, l’absence de protection de l’ONU peut entraîner un nombre accru de recours juridiques de la part d’entités en cours d’enquête, qui peuvent poursuivre pour diffamation ou contester les bases de preuves utilisées par des gouvernements individuels. Pour atténuer ces défis, la composition du MSMT est cruciale pour garantir impartialité et indépendance. 

 

Le site web du MSTM contient peu de documents : il montre une photo des 11 membres mais non pas leurs noms. Pourtant, le MSMT reste une initiative prometteuse pour la détection et la documentation des cas les plus flagrants d’évasion des sanctions nord-coréennes. La volonté politique combinée du Japon, de la Corée du Sud et des États-Unis constitue une force motrice forte, donnant au partenariat un avantage sur des initiatives similaires passées.

 

Conclusion : les sanctions sont-elles un outil efficace de dissuasion ?

 

Depuis la Seconde Guerre mondiale, les sanctions sont devenues un instrument non militaire standard dans la diplomatie étrangère coercitive. L’adoption unanime de sanctions en réaction aux essais répétés d’armes nucléaires et de missiles par la Corée du Nord – y compris les sanctions qualitativement plus strictes de 2016 et 2017 – reflète le consensus de la communauté internationale dans la gestion de la Corée du Nord et la perception partagée de la menace que représentaient ces essais. Depuis 2017, cependant, la Chine et la Russie ont résisté aux tentatives d’imposer de nouvelles sanctions à la Corée du Nord, arguant que les sanctions seules ne sont pas la solution et que d’autres mesures telles que le dialogue et la négociation sont nécessaires pour traiter la question.

 

Plus important encore, l’approfondissement de la rivalité stratégique entre les États-Unis et la Chine, ainsi que la guerre de la Russie contre l’Ukraine, ont profondément modifié le contexte géopolitique, ce qui a eu un impact direct sur les considérations et priorités stratégiques de la Russie et de la Chine en matière de gestion de la Corée du Nord.

 

La valeur stratégique de la Corée du Nord a sans doute augmenté dans le contexte de la politique émergente du bloc de puissance. Le sommet nord-coréen-russe de septembre 2023, au cours duquel leurs chefs d’État se sont engagés à renforcer les liens, n’est qu’un exemple parmi plusieurs récents. En conséquence, le Conseil de sécurité de l’ONU ne sera plus l’espace central ou le théâtre des sanctions contre la Corée du Nord, car Moscou et Pékin sont très peu susceptibles de les soutenir, ce qui entraînera un veto de toute action. En fait, en mai 2022, la Russie et la Chine ont pour la première fois opposé leur veto à une résolution du Conseil de sécurité rédigée par les États-Unis visant à renforcer les sanctions contre la Corée du Nord suite à ses essais répétés de missiles balistiques en violation des précédentes résolutions de l’ONU.

 

Les sanctions contre la Corée du Nord devraient rester en vigueur. Avec les tensions géopolitiques entre les États-Unis, la Chine et la Russie, les progrès sont impossibles. Imposer des sanctions est relativement facile, mais pour les lever, il faudrait démontrer des progrès politiques. Et pour les sanctions américaines, le Congrès américain serait l’organe qui accepterait de les lever – un obstacle considérable.

 

Où en sommes-nous en 2026 et quelles sont les perspectives ?

 

Le Conseil de sécurité de l’ONU tient deux réunions annuelles sur la situation en RPDC. Lors de la session la plus récente, en avril 2026, le Conseil a été informé de la situation, y compris la poursuite des lancements de missiles balistiques et une « augmentation très sérieuse » de la capacité de production de matières fissiles de la RPDC sur le site nucléaire de Yongbyon. Les membres du Conseil ont été avertis d’une modernisation qualitative et d’une diversification des vecteurs d’armes nucléaires, ce qui avait été confirmé dans le nouveau Plan de défense quinquennal du IXe Congrès du Parti en février 2026 et que l’ambassadrice américaine Jennifer Locetta a qualifié de « menace pour la péninsule coréenne ».

 

L’assistance technique de la Russie à la RPDC (en échange de troupes et d’équipements militaires pour combattre pour la Russie en Ukraine) a sans aucun doute contribué à la puissance militaire de la Corée du Nord. Lors de leur sommet de juin 2024, Poutine et Kim ont convenu d’établir la première liaison routière entre la Russie et la Corée du Nord, ce qui augmenterait les activités logistiques entre les deux pays de 40 %.

 

Cependant, les liens croissants entre la RPDC et la Russie n’ont pas évincé la Chine comme protectrice prééminente de la stabilité sur la péninsule coréenne. Il est à noter que le « Livre blanc chinois de 2025 sur le contrôle des armements, le désarmement et la non-prolifération dans une nouvelle ère » ne faisait aucune référence à la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

 

Voici donc la nouvelle réalité : la RPDC est un État possesseur d’armes nucléaires. Des armes nucléaires assurent la préservation de la dynastie Kim. Il n’y a pas d’alternative à la famille Kim, car Kim Jong Un a éliminé tous les prétendants. Son programme nucléaire a deux objectifs : sur le plan intérieur, il montre au peuple et à l’élite politique que Kim Jong Un ne peut pas être manipulé (en fait, il rencontre des dirigeants puissants – Trump, Xi Jinping, Poutine – en tant que pair) et à l’international, il empêche toute tentative, qu’elle soit imaginée ou réelle, de changement de régime en RPDC.

 

La RPDC repose presque entièrement sur la promesse de tenir tête à un ennemi étranger puissant et menaçant. Plus la menace est imminente, mieux le récit fonctionne pour Kim.

 

Quelles sont les options pour progresser ?

 

La première exigence est la volonté de dialogue, et cela s’applique aussi bien à Kim Jong Un, à la Corée du Sud, aux États-Unis, à la Chine qu’à d’autres. Actuellement, le dialogue officiel est au point mort, car Kim Jong Un refuse de s’engager, comme cela a également été noté lors d’une réunion avec la ministre singapourienne des Affaires étrangères Vivian Balakrishnan fin mai 2026. Cela ne devrait pas nous surprendre, puisque la Corée du Nord a vu ce qui s’est passé avec des pays comme l’Irak et la Libye. Kim suit sûrement de près la politique des Etats-Unis, qui mènent une guerre contre l’Iran depuis fin février, engloutissant toute la région.

 

Peu après avoir pris ses fonctions l’an dernier, Trump a qualifié la Corée du Nord de « puissance nucléaire », en disant : « Je pense que lui (Kim Jong Un) sera heureux de me voir revenir ». Le Secrétaire à la Défense de Trump a également qualifié la Corée du Nord de « puissance nucléaire » lors de son audition de confirmation au Sénat. Ces propos ont suscité de vives réactions dans la région, s’éloignant de la politique américaine de dénucléarisation.

 

Reconnaître la Corée du Nord comme un État nucléaire est truffé de dangers. Accepter son arsenal nucléaire confirmerait son statut nucléaire permanent et offrirait à Kim Jong Un une victoire symbolique pour sa défiance vis-à-vis du Conseil de sécurité de l’ONU et des normes internationales. Sans oublier que cette reconnaissance pourrait encourager d’autres États à persister jusqu’à ce qu’ils obtiennent eux aussi des armes nucléaires, ce qui pourrait être le coup fatal pour le Traité de non-prolifération nucléaire.

 

Bien que le président américain Trump se concentre actuellement sur plusieurs régions géopolitiques, il a déclaré lors d’une visite en Asie l’an dernier qu’il était « à 100 % » ouvert à une rencontre avec Kim Jong Un – mais l’offre est restée sans réponse. 

 

Alors, les États-Unis ont-ils une stratégie concernant la RPDC ? En décembre 2025, Richard Grenell a été nommé Envoyé présidentiel pour les missions spéciales, qui incluent notamment le dialogue États-Unis-Corée du Nord. Depuis, aucune politique ou stratégie spécifique n’a été annoncée, et il semble que la campagne de pression maximale par l’application de lourdes sanctions économiques et l’isolement de Pyongyang se poursuive. Il en va de même pour la posture de dissuasion robuste des États-Unis partagée avec la Corée du Sud et le Japon, avec des exercices militaires conjoints, des moyens de déploiement avancé et la réaffirmation de garanties de dissuasion prolongées pour contrer la provocation nord-coréenne.

 

La Corée du Nord n’est pas la priorité de Trump, du moins pas tant que Kim Jong Un refuse d’avoir une négociation de leader à leader, qui est le style diplomatique préféré de Trump. Mais la paix ne se garantit pas par une seule réunion ou accord – elle nécessite un processus soutenu de dialogue et de construction de la confiance. Il faut aussi se rappeler à quel point le pouvoir de Kim Jong Un a évolué depuis qu’il a pris la tête du pays en 2011. On estime désormais qu’il possède environ 50 ogives nucléaires, mais l’AIEA estime que la Corée du Nord possède suffisamment de matière fissile pour construire entre 70 et 90 armes nucléaires, ce qui pose des défis stratégiques et tactiques pour la région (et probablement au-delà, suite aux récentes révélations sur la portée des missiles balistiques).

 

Examinons aussi les visites d’État de Kim Jong Un. Après sa première rencontre avec Poutine à Moscou en 2019, une seconde visite a eu lieu en septembre 2023. En juin 2024, Poutine est venu à Pyongyang (pour la première fois depuis 2000) et les deux dirigeants ont conclu une alliance militaire solide : le Traité sur un partenariat stratégique global. Kim JongUn a également consolidé ses relations avec Xi Jinping. Il a été invité au 80e anniversaire du défilé de la victoire chinoise à Pékin en septembre 2025 et est arrivé en train avec une grande délégation. Xi Jinping a effectué une visite d’État en Corée du Nord en juin 2026 (sa première en 2019) et les deux pays ont célébré le 65e anniversaire du Traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle entre la Chine et la Corée du Nord. Bien qu’aucun accord supplémentaire n’ait été conclu, la visite de Xi Jinping a été une occasion de réaffirmer l’influence de la Chine et sa coopération bilatérale avec la Corée du Nord.

 

Aucun effort conjoint sur le dossier nord-coréen n’est à attendre tant que d’autres conflits et guerres ne seront pas apaisés ou résolus. Le climat politique n’est tout simplement pas favorable, les États qui doivent rejoindre l’effort sont soit eux-mêmes en guerre, soit préoccupés par d’autres questions géopolitiques.

 

Pourtant, l’histoire nous surprend parfois. En août 2026, lors des exercices militaires annuels sud-coréens et américains, le président Trump les a soudainement dénoncés – une mesure qui a mis l’alliance entre les deux pays sous une forte pression. Il a critiqué les exercices militaires – qui durent depuis sept décennies – les qualifiant de « non seulement coûteux » mais aussi « totalement inappropriés et hostiles » envers la Corée du Nord. Il a également annoncé une réduction substantielle des exercices militaires conjoints.

 

Dans le même tweet, Trump a qualifié la Corée du Nord de « non menaçante et respectueuse » et a souligné sa « très bonne relation » avec Kim. On ne peut qu’imaginer les ondes de choc que ce tweet a déclenchées en Corée du Sud. Le pays est soumis à une menace croissante de la part de la Corée du Nord, qui a qualifié son voisin de « l’ennemi le plus hostile ». De plus, la Corée du Sud avait déjà souffert des droits de douane américains sévères et était frustrée par l’accord de Trump pour permettre à l’Arabie saoudite d’enrichir l’uranium, une demande que la Corée du Sud avait depuis longtemps avancée, sans succès.

 

Pour la Corée du Nord, cependant, ce tweet était une validation et une nouvelle étape dans l’échelle diplomatique de l’acceptation. Comme écrit plus haut, il ne semble pas y avoir de stratégie du gouvernement américain concernant la Corée du Nord. Était-ce un effort de Trump pour inciter Kim à le rencontrer ? Ou pour détourner l’attention du fiasco de la guerre au Moyen-Orient ? Si aucune stratégie n’est apparente, cependant, il y existe une réflexion sur la voie à suivre dans d’autres cercles. 

 

Des centres de recherche mènent une réflexion sur la voie à suivre et publient activement sur ce sujet. Ainsi, le Réseau de Leadership Asie-Pacifique (APLN) a publié en mai 2026 un rapport intitulé « Mettre un terme à l’impasse nucléaire sur la péninsule coréenne : Recommandations pour les États-Unis, la Corée du Sud et la Chine ». Il y a matière à réflexion pour ceux qui souhaitent dialoguer et, dans une vision pleine d’espoir, travailler pour un monde meilleur. On peut espérer que ce moment arrivera dans un avenir proche.

 

1 – Ancienne Secrétaire générale adjointe de l’ONU pour le désarmement, Chercheuse principale au Centre de Vienne sur le désarmement et la non-prolifération (VCDNP). Cet article reprend une présentation en ligne du 7 septembre 2026 dans le cadre des « Entretiens » d’IDN.

 

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English version here : North Korea at the Crossroads? An Examination of Historical Roots, Sanctions, and Present Realities – Angela Kane

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